Le Bonbon

Focus sur… la drogue dans les séries

Après s’être penché sur la nudité et le sexisme, ce troisième épisode de Focus sera consacré à un thème un peu olé olé… La drogue (chut, le dites à personne). Interdite par la justice, nous verrons qu’elle est pourtant monnaie courante sur le petit écran.

La drogue est au cœur d’un des plus grands paradoxes qu’il soit. Illégale et interdite, elle est pourtant abordée à la vie comme à l’écran comme s’il était question d’une simple baguette de pain. Si la législation ne veut pas en entendre parler, nul n’est dupe quant à sa grande popularité.

Bien que très consommées, les drogues n’en demeurent pas moins nocives et souvent interdites par la loi. Mais voilà, les séries n’ont pas vocation à rester plongées dans un déni surréaliste. Du coup, forcément, elles en parlent ouvertement même si la loi ne suit pas.

Donc non, les séries ne font pas l’ombre sur les drogues ; toutefois, la place de celles-ci est justifiée par des motifs précis. Si certaines se veulent moralisatrices, d’autres semblent en faire la promotion voire même en rire.

Explorons donc les différents visages de la drogue dans les séries.


Celles qui suivent sa vente

C’est sans doute le procédé le plus fréquent pour faire la lumière sur la drogue dans une série : en suivre la vente. En effet, on ne compte plus les shows centrés sur un trafic de drogues, que ce soit du côté des vendeurs ou des autorités. Dans un cas comme dans l’autre, les substances ne sont pas automatiquement présentées comme néfastes.

Dans Weeds, la grande matrone Nancy ouvre même son business, faisant ainsi dans la vente de produits alimentaires à base de beuh. Rien de très diabolisant, au contraire, on aurait même envie d’y passer une tête et de prêter main forte à son commerce.

Weeds

Si dans Weeds, le trafic n’a pas l’air bien méchant, d’autres séries, elles, lui prêtent une dynamique bien plus sombre. La vente de drogues y est davantage présentée comme un tremplin vital et inévitable.

C’est suite à l’annonce de son cancer que Walter White, le héros de Breaking Bad, se lancera dans la production de meth pour mettre sa famille à l’abri. Une manière de faire du trafic un besoin réel pour subvenir aux besoins de son fils handicapé et de sa femme enceinte. De même pour The Wire, où le trafic de drogues naît d’une détresse sociale.

Breaking Bad

D’autres séries en font le symbole du mal à la manière de Daredevil où les vilains sont les responsables du trafic au sein de Hell’s Kitchen. À l'inverse, Narcos mythifie le trafic colombien dans une narration palpitante basée sur le biopic de Pablo Escobar. De cette façon, la série trempe plus dans l’épopée que dans la trame judiciaire.

Narcos


Celles qui se focalisent sur sa noirceur

Les séries qui illustrent les drogues sous un angle addictif mettent généralement un point d’honneur à le justifier. C'est pourquoi, dans Peaky Blinders, Tommy se noie dans l’opium le soir non pas pour le fun, mais pour éviter de revivre la guerre dans ses cauchemars les plus sombres. La drogue est alors dépeinte comme une échappatoire à la détresse du personnage.

De même dans Sense8, où la drogue permet à Will de se protéger de Freema, en faisant un outil contre le danger.

Sense8

Quand une série aborde la drogue dans sa dimension la plus sombre, il est donc rare que ça soit injustifié. Si la drogue est illustrée de manière nocive et addictive, plusieurs motifs sont avancés. Il peut s’agir du passé du personnage, d’un cadre social difficile, de mauvaises fréquentations, ou bien de solitude comme dans Mr. Robot par exemple.

Parfois, l’addiction est proche de la folie, et présentée comme rien d’autre qu’une pulsion primitive. C’est le cas dans True Blood. Dans la série, on retrouve plusieurs humains si accros au sang de vampire (appelé V et présenté telle une drogue) qu’ils sont prêts à en kidnapper pour avoir leur dose.

True Blood

Par ailleurs, plusieurs séries jouent la carte de la prévention et montrent assez catégoriquement la face la plus sombre de la drogue. On pense à la troisième saison de Veronica Mars. L’héroïne enquête sur une série de viols orchestrés pendant des soirées étudiantes. Les victimes y étaient inconsciemment droguées, violées, et rasées. Une carte fréquemment employée dans les séries avec le GHB (popularisé comme la drogue du violeur).


Celles qui en abusent

En tant qu’emblème de ces séries dans lesquelles la drogue est consommée comme un bon verre de jus de fruits, on a envie de choisir Skins. Rien de bien étonnant puisque la série met en vedette une jeune génération libre et insolente qui n’a que faire des interdits.

Skins

On s’inquiète juste du rôle accessoire de la drogue dans ce type de programme. Sa place est permanente, mais jamais vraiment questionnée.


Celles qui s’en amusent

Quand une série fait la démarche de rire de la drogue, il est souvent question de weed. Même en étant un minimum touchy, il est très complexe de faire de l’humour avec les drogues dures.

Alors, de manière générale, c’est avec l’herbe qu’il est plus aisé de donner dans le drôle. Ainsi, dans How I Met Your Mother, Ted remplace la beuh par des sandwichs en racontant ses anecdotes à ses enfants. Toujours dans le second degré, on pense notamment au vieil Earl de la sitcom 2 broke girls, défoncé non-stop et grand amateur de joints. Il peut aussi être question d’ecstasy, qui égaye gentiment la soirée des personnages comme dans Girls.

Girls

Après, on n’a pas encore vu des séries qui font des blagues liées au crack ou à l’héroïne…. Mais serait-ce drôle ? Ah. Ah. Ah.